jeudi 22 octobre 2015

Grand Paris Habitat: le logement social délaissé au profit du logement intermédiaire


Soixante mal-logés ont occupé à Paris aujourd'hui le siège d'EFIDIS  une des deux sociétés de Grand Paris Habitat, la nouvelle entité de la SNI. Reçus par un des directeurs de la société, nous avons réaffirmé notre colère face au désengagement du logement social et les sommes énormes investies dans le logement intermédiaire.

La SNI est aujourd'hui le premier bailleur social public français. La répartition des logements de son parc est symbolique du décalage entre les besoins et la production. Sur 360 000 logements possédés, plus de 85 000 sont des logements intermédiaires.

La proportion de ces logements, inaccessibles à l'immense majorité de la population qui a des difficultés à se loger, ne cesse de croître , et spécifiquement dans les zones tendues, là où la demande de logement vraiment social est la plus forte.

François Hollande, en cette période de restrictions budgétaires n'a pas hésité à accorder un milliard d'euros au logement intermédiaire, qui s'ajoute aux 900 millions consentis par la Caisse des Dépôts et Consignations. Récupérant une bonne part du pactole, la SNI s'est lancée dans une opération public/privé en partenariat avec de gros investisseurs immobiliers ( banques et compagnies d'assurance ) pour réaliser 10 000 logements en zone tendue : un investissement unanimement déclaré comme très rentable pour ces gros investisseurs dont les caisses sont déjà pleines.

Ces logements intermédiaires auront effectivement des loyers un peu moins chers que ceux du parc privé classique : mais à Paris et en petite couronne, les loyers ont doublé depuis la fin des années 90. Et sur les dix dernières années à Paris , la hausse a atteint 30 % pour certaines surfaces. Par conséquent les loyers actuels des logements intermédiaires, en général 20 % en dessous des prix du marché actuel restent extrêmement élevés et sans commune mesure avec le budget des classes moyennes et populaires.

Dans le même temps, les promesses du début de mandature sur le logement social sont bien loin : sur 150 000 nouveaux logements sociaux promis par an , 113 000 seulement ont été produits en 2013. Sur ce chiffre , seuls 60 000 sont réellement de nouveaux logements , les autres étant le résultat d'opérations de démolition/reconstruction qui n'agrandissent pas le parc total. Et le logement très social est délaissé par les bailleurs sociaux au profit du PLS , aux niveaux de loyers les plus chers des HLM .

Résultat : parmi d'autres les bailleurs de la SNI, Efidis et Osica , réunis sous la bannière « Grand Paris Aménagement » ont beau promettre de nouveaux logements sociaux pour le futur, ils ont de plus en plus de mal à répondre à la demande des mal-logés . Et signe de la dégradation globale, ADOMA, la société de la SNI qui gère les hébergements d'urgence et les résidences sociale a désormais elle aussi ses files d'attente interminables, les actuels résidents n'ayant pas de proposition de relogement.

La SNI est l'opérateur national du service public du logement, le bras armé de la politique de l'Etat : aujourd'hui, elle est incapable de répondre à sa vocation, loger l'ensemble de la population, et en priorité celles et ceux qui n'ont accès qu'au logement social.

Cette situation dramatique n'est pas une fatalité, elle découle du désinvestissement continu de l'Etat dans le logement social : nous manifestons aujourd'hui pour exiger le respect des engagements pris et du droit au logement.