mercredi 7 octobre 2015

Paris Xème: Pas d'expulsion, le relogement !

 70 mal-logés ont manifesté aujourd'hui devant le Centre d'Action Sociale de la Ville de Paris, contre des expulsions programmées pour des résidents d'hôtel ou de résidence sociale qui attendent un logement depuis des années.


Centre d'Action Sociale du 10ème: manifestation... par HLMPOURTOUS





Le 27 septembre, Anne Hidalgo déclarait dans la presse que le système d' hébergement était « saturé » à Paris. Elle a avancé le chiffre de 30 000 personnes hébergées dont 16 000 enfants.
Les grands chiffres donnent toujours l'image d'une politique d'ampleur. Mais que cachent-ils ? Des demandeurs de logement dont le droit est bafoué, et pour qui l'urgence dure des années, dans une spirale absurde, coûteuse et sans fin.

L'hôtel à Paris ou en banlieue est encore une réalité pour des foyers qui acquittent chaque mois l' équivalent de ce qu'elles paieraient pour un vrai logement tandis que l'argent du social est englouti pour régler le reste aux hôteliers. Quand les dispositifs « Louez Solidaires » ou «  Solibail » ont été créés , ils étaient présentés comme une alternative à l'hôtel : aujourd'hui, des familles prioritaires DALO coincées dans des hôtels depuis des années se voient imposer ces appartements précaires en lointaine banlieue , en lieu et place d'un logement social. Il s'agit donc bien d'une alternative au logement qui est un droit.

Les résidences sociales , censées permettre un accompagnement vers le vrai logement sont elles aussi pleines de gens qui y sont depuis des années : comment comprendre qu'il n'y ait pas de relogement même pour des personnes isolées ? Comment comprendre qu'une personne qui n'a nul besoin d'un accompagnement social reste dans une structure financée pour en apporter un ?

Oui, le dispositif d'hébergement est saturé....de personnes qui n'ont rien à y faire, et qu'on prive de leur droit au logement, mais aussi de leurs droits sociaux. Dans la capitale, les parisiens en difficulté sont renvoyés systématiquement vers le SAMU Social, mais dès lors qu'ils sont pris en charge par cette structure, ils n'ont plus accès aux services sociaux et sont renvoyés au bon vouloir des associations privées

Comment sortir de la crise ? La réponse , c'est évidemment le relogement massif pour les Parisiens qui en ont besoin. Or, Ian Brossat, l'adjoint au logement l'a rappelé récemment, il n'y a que 10 % de logements très sociaux dans l'ensemble du parc social de la Ville. Et l'on continue à prétendre qu'il faut faire des PLS, les logements sociaux les plus chers pour garantir la mixité sociale , alors que ce sont les logements les moins chers , accessibles à l'immense majorité des demandeurs qui font défaut !

Si nous intervenons aujourd'hui aux services sociaux du 10ème arrondissement, ce n'est évidemment pas pour remettre en cause le travail des salariés : nous connaissons leur situation, eux qui aujourd'hui sont contraints de nous donner toujours la même réponse d'impuissance face à nos urgences, eux qui sont là pour faire respecter les droits sociaux des usagers et à qui leur direction ne donne aucun moyen pour faire avancer le droit au logement.

Si nous intervenons ici, c'est que nous ne voulons pas renoncer à nos droits : aujourd'hui, beaucoup de mal-logés ne poussent même plus la porte des services sociaux parisiens, persuadés que cela sera une perte de temps. Leur découragement au fond arrange bien les décideurs, et il sera toujours temps, cet hiver, quand quelques uns de celles et ceux qui meurent dans rue feront la une des médias, de dire qu'ils étaient « malheureusement inconnus » des services de la Ville.

Mal-logés , nous ne renonçons pas à avoir recours à nos droits, collectivement, puisque individuellement, à l'Hôtel de Ville, nous ne sommes que des centaines de milliers d'inconnus sans importance.