mercredi 10 février 2016

Paris: la rue ou le taudis comme seule solution, avec des enfants ou à 90 ans.


 
 Une centaine de mal-logés solidaires ont manifesté aujourd'hui devant la Direction de l'Aide Sociale parisienne ( DASES) jusqu'à rencontrer la direction et exiger la prise en charge immédiates de plusieurs familles dans des situations dramatiques.

 Les Parisiens modestes vivent en plein non-droit : en plein hiver, par exemple, le centre d'action sociale n'avait  trouvé hier à 20h aucune solution d'hébergement pour une famille avec enfants scolarisés dans l'arrondissement qui s'est retrouvée à la rue suite à une expulsion avec violences. Aucune solution non plus pour des personnes âgées et handicapées vivant en chambre de bonne , et qui restent à l'hôpital , ne pouvant remonter chez elles.

La Ville de Paris comme l'Etat prétendent avoir mis en place des systèmes de « cotation », de « tri des priorités » , des systèmes de « prévention des situations de rue et des expulsions » ou de « repérage du logement indécent »

En réalité, les procédures de reconnaissance du mal-logement sont de plus en plus complexes, et les services publics sont aux abonnés absents : débordés de dossiers, les travailleurs sociaux parisiens ne peuvent pas recevoir les mal-logés en amont , et en cas de mise à la rue notamment, ne peuvent que renvoyer vers le SAMU social....qui est aux abonnés absents. L'aide à l'instruction des dossiers DALO est inexistante dans les services municipaux contrairement à d'autres départements

La production très faible de logements vraiment sociaux ne permet pas de reloger en nombre les demandeurs : dans ces conditions, l'hébergement d'urgence est saturé. Actuellement, on en est au point où des personnes hébergées « temporairement » dans des résidences sociales financées par la Ville reçoivent une notification de fin de bail suite à dépassement de la durée maximale d'accueil de trois ans....mais toujours aucune proposition de logement. Des familles parisiennes à qui l'on a fait signer un « Solibail » pour des logements en banlieue, aux loyers souvent plus chers qu'un HLM à Paris, en leur promettant un relogement définitif sous un an se retrouvent en grande précarité financière des années plus tard, sans proposition. 

Dans le même temps, les entreprises sont choyées par des bailleurs sociaux incapables de remplir leur mission première de relogement des Parisiens modestes :à titre d'exemple, le Cargo, ouvert en fin d'année dernière ,  le « navire amiral »  des incubateurs de la RIVP occupe 6 étages dans un immense immeuble du 19ème arrondissement, et le bailleur social se vante de proposer 22 000 m2 de locaux à loyers modérés aux start up , bientôt le double. Tous bailleurs sociaux de la Ville confondus, ce sont désormais quarante immeubles de pépinières qui sont proposées aux entreprises. La plupart ont une architecture innovante et un équipement dernier cri, et les entrepreneurs y bénéficient de financements et d'avantages en nature. Bref, le tout coûte évidemment très cher.

La vie des Parisiens en urgence sociale, elle, ne semble décidément pas valoir grand chose : leur situation ne fait que s'aggraver au fil des années, la mise à la rue d'enfants notamment s'est totalement banalisée.

Nous refusons l'inégalité affolante qui s'est développée et la Ville à double vitesse qui se construit sous nos yeux : s'il y a de l'argent pour la politique économique, il y en a forcément pour les urgences sociales.