Chaque semaine ou presque, depuis plusieurs mois, une certaine presse opposée au logement social, fait ses choux gras de nouvelles informations concernant la gestion désastreuse de Paris Habitat OPH. Il faut bien parler d'informations, puisque tout est étayé par des extraits de documents officiels, notamment des compte-rendus des Conseils d'Administration ou des Comités d'Entreprise du premier bailleur social de la Ville.
Du côté des élus de la Ville, le silence fait office de seule réponse. Pour le plus grand préjudice des locataires de Paris Habitat OPH et des demandeurs de logement: dans une période où les adversaires du logement social le présentent mensongèrement comme une source de problèmes sociaux et une dépense inutile socialement, le silence de nos élus tend à laisser faire cette campagne de dénigrement.
Où va Paris Habitat OPH ? La vraie question n'est évidemment pas celle du salaire du directeur général ou des accusations concernant du mobilier acheté puis disparu. Ces problèmes là, s'ils sont tous avérés, peuvent survenir dans n'importe quelle administration, dans n'importe quelle entreprise. Mais lorsqu'il s'agit d'argent public, il appartient évidemment aux élus de démentir ou d'agir.Immédiatement et fermement.
C'est le silence d'une équipe municipale qui a mis la transparence au premier rang de ses ambitions qui pose véritablement problème. Un silence qui ne concerne pas uniquement les histoires de mobilier disparu. Mais aussi et surtout la politique menée par Paris Habitat OPH , et assumée par sa direction, politique qui contredit les objectifs affichés par la Ville de Paris, en terme de construction de logements sociaux notamment, mais aussi de respect réel du droit à l'hébergement, en attendant le relogement. .
Dans le dernier compte-rendu de Comité d'Entreprise rendu public, on trouve par exemple cette intervention du directeur général de Paris Habitat OPH (1)
"Nous risquons d'avoir un problème de plan de charge au niveau de Paris sur la construction de logements". "Nous risquons d'avoir un creux dans notre activité de construction".
Chacun mesurera la gravité de cette annonce pour les 150 000 demandeurs de logement recensés officiellement dans la capitale. Un "creux" dans l'activité de construction , à un moment où celle-ci ne répond déjà pas aux besoins, cela signifie l'aggravation du mal-logement dans les prochaines années, l'impossibilité de trouver des solutions pour les centaines de milliers de Parisiens, condamnés aux expulsions, à l'insalubrité , à la sur-occupation, aux loyers exorbitants du privé, aux années passées dans des hébergements précaires.
Chacun mesurera aussi le décalage entre cette déclaration sans ambiguïtés et les discours de la maire de Paris et de son adjoint au Logement, qui ne cessent de réaffirmer le succès quantitatif de leur politique du logement et sa continuation dans les prochaines années.
Qui dit vrai , le directeur de Paris Habitat OPH, l'outil principal de construction de la Ville de Paris, ou les élus ?
Les usagers du logement social ont le droit de savoir. Pourtant ce droit nous est dénié en permanence: rappelons que la direction de Paris Habitat OPH a par exemple déposé plainte contre trois de nos
manifestations de 2011, qui dénonçaient justement
la chute abyssale de la production de logement en 2010, chute, qui elle aussi, n'était jamais commentée ou même évoquée par nos élus.
De même, les habitants des foyers et autres hébergements précaires de Paris Habitat OPH n'ont pas été informés d'une réalité qui les concerne directement: Paris Habitat OPH a décidé d'externaliser à une de ses filiales l'ensemble de son patrimoine d'hébergements. Sur les raisons de cette externalisation , le directeur général de Paris Habitat OPH est encore une fois très clair.(1)
Pour lui, il s'agit de "professionnaliser " l'activité, en modifiant un peu "le rapport de forces", avec les gestionnaires de foyer " qui nous demandent de baisser les loyers" , qui "vont pleurer auprès des maires d'arrondissement qui appellent le Directeur général de Paris Habitat OPH" lorsqu'ils ont des "dettes".
Chacun appréciera la sérénité des jugements portés sur les maires d'arrondissement ou les partenaires associatifs qui gèrent les foyers par le directeur général de Paris Habitat OPH . En attendant, l'objectif affiché est une attaque directe envers les locataires de ces foyers, qui n'ont pas toujours les moyens de payer leur loyer, à qui les gestionnaires des foyers accordent des délais et qui ne pourront plus le faire avec l'externalisation. Encore une fois, le gouffre entre la volonté affichée des élus de la Ville de faire de la prévention des expulsions locatives dans le parc social et les déclarations d'intention de la direction de Paris Habitat OPH sont plus qu'inquiétantes.
Depuis de nombreuses années , notre collectif dénonce la privatisation larvée du premier bailleur social de la Ville: celle-ci ne dépend pas seulement du statut juridique officiel , et l'on voit bien avec ces deux exemples que la présence des élus à la présidence et au Conseil d'Administration n'empêche absolument pas la menée d'une politique en contradiction totale avec les intentions affichées au Conseil de Paris.
De deux choses l'une: où la Ville ne peut plus contrôler la politique d'un bailleur financée avec l'argent public de l’État et des Parisiens, où les élus sont en accord avec cette politique, qui selon les dires même de son directeur général va aboutir d'une part, à une chute de la production de logement social, et à une précarisation d'une partie des mal-logés usagers du parc.
La réponse, nos élus la doivent aux mal-logés et à l'ensemble des Parisiens. Et ils ont aussi la responsabilité de préserver le patrimoine Paris Habitat et de faire en sorte que pas un euro ne soit consacré à autre chose que l'accès au logement dans la capitale.
(1) Les extraits cités et reproduits sont issus du PV du CE de Paris Habitat du 17 décembre 2015