lundi 31 octobre 2016

Insalubrité chez Paris Habitat : circulez, y'a rien à voir.

 Chaque fois qu'il pleut, chez Mr et Mme W, on sort les seaux. Quand il ne pleut pas, on peut se contenter des éponges, afin d'absorber régulièrement l'humidité qui suinte du plafond des deux chambres d'enfants. Et bien sûr des brosses et de la peinture à refaire régulièrement, puisque les murs deviennent noirs assez rapidement à plusieurs endroits.

Mr et Mme W. ne vivent pas dans un taudis loué par un marchand de sommeil privé, mais dans un logement social du 19ème arrondissement. Lorsqu'ils ont été relogés, après des années de lutte dans l'insalubrité, ils ont évidemment accepté le logement proposé, malgré leur inquiétude concernant certains problèmes déjà visibles: d'une part, l'appartement était initialement un F3, que l'ajout d'une cloison dans le salon avait "transformé" en F4. La "nouvelle" pièce était donc exigüe et peu aérée. D'autre part, des traces d'humidité importante apparaissaient déjà sur les murs. Paris Habitat les avait rassurés, en promettant des travaux. 

Mais très vite, la cause principale de l'humidité est apparue: des infiltrations d'eau dans le plafond du logement, à plusieurs endroits, qui se transformaient en ruissellements dès que la pluie tombait.
En 2011, suite à d'innombrables réclamations des locataires, Paris Habitat réalise des "travaux"....qui ne changent absolument rien. Des salariés de Paris Habitat expliquent à la famille, que les interventions dans l'appartement même ne seront pas efficaces, car le problème vient du bâti de l'immeuble et nécessiterait une réhabilitation bien plus vaste. 

Début 2015, après des années de démarches individuelles sans effet, la famille recontacte notre collectif. Nous saisissons Paris Habitat , puis devant l'absence de réponse, le cabinet de l'Adjoint au Logement, en juin. Nous exigeons notamment le passage du Service Technique de l'Habitat de la Ville, puisque Paris Habitat OPH  est certes un bailleur social, mais qui a les mêmes devoirs que n'importe quel propriétaire vis à vis de ses locataires. 

Ce n'est qu'en décembre que le cabinet de Ian Brossat nous répond que ce dossier serait totalement "inconnu" de Paris Habitat et des services de la Ville , mais  qu'une visite du STH aura bien lieu. 
Celle-ci n'intervient que deux mois plus tard , mais aucun constat , ni document n'est remis à la famille. 

Suite à la mobilisation du collectif devant l'inaction et le silence de Paris Habitat et de la Ville, nous recevons en juin 2016, un nouveau mail du cabinet de Ian Brossat, concernant les résultats de la visite du STH. Le cabinet de l'Adjoint au Logement reconnaît le problème d'insalubrité dans les termes suivants:
"le STH a constaté la présence d’humidité avec développement de moisissures due à l’absence d’entrées d’air dans les deux chambres. Une lettre a été adressée dans la foulée à PARIS HABITAT pour leur demander de remédier à ce problème. Tenez-nous au courant si les travaux ne sont pas effectués."
Octobre 2016: la famille n'a eu aucune nouvelle , ni du STH, ni de Paris Habitat, ni de la Ville depuis des mois. Lors d'un rendez-vous du collectif avec la direction de Paris Habitat, nous sommes d'abord informés que le dossier ne mentionne aucune visite du STH,

Quelques jours plus tard, rectification par mail: en fait, le dossier mentionne bien la visite du STH, mais pas  de problème d'insalubrité.....et la direction de Paris Habitat nous demande de bien vouloir lui envoyer des photos de l'insalubrité qui n'existe pas. 

Depuis des années, toutes les traces des démarches de la famille disparaissent mystérieusement de son dossier. Il en va de même depuis un an concernant les interventions du collectif: Et apparemment, même les constats reconnus par l'Adjoint au Logement de la Ville au mois de juin, peuvent s'évaporer au mois d'octobre.

La moisissure sur les murs, l'eau qui coule abondamment en cas de pluie, elles sont bien présentes dans un appartement où l'insalubrité pourrit la vie des locataires, les contraint à des mesures d'urgence qui ont un coût pour cette famille modeste et a des implications sur leur santé. 

Sur un précédent dossier d'insalubrité dans un logement social de Paris Habitat, notre collectif a pu constater le même déni pendant des années: "perte " du dossier, accusations contre la famille qui aurait créé elle-même l'insalubrité , et même "conseils" de rabotage de la porte d'entrée pour "améliorer " la circulation de l'air. Seule la mobilisation a finalement permis le relogement de la famille, dans un logement décent. 

Nous accédons donc aujourd'hui à la demande de Paris Habitat de photos "prouvant" le problème d'insalubrité: nous les publions ici, étant ainsi certains qu'elles ne disparaîtront pas.


mercredi 19 octobre 2016

Logements insalubres et sur-occupés: aux grands maux, les faux remèdes.



Une manifestation déterminée à réuni aujourd'hui près d'une centaine de mal-logés devant les locaux de la Direction Locale de l'Habitat , qui inclut le service technique chargé de l'insalubrité à Paris.

"Insalubrité remédiable" est devenu le terme préféré des pouvoirs publics , notamment de la Ville de Paris, pour qualifier des situations de mal-logement intolérables et durables: actuellement une infime minorité de ces situations ouvre droit à un relogement rapide. Les causes de l'insalubrité sont examinées de manière superficielle, par plusieurs interlocuteurs, qui, chacun, ne s'occupent que d'un désordre parmi d'autres. Des travaux de surface pour lesquels les propriétaires perçoivent des aides publiques sont prescrits après des mois d'attente, pour l'un des problèmes: une fois les "travaux" réalisés, avec souvent des attestations de complaisance d'entrepreneurs peu scrupuleux, le dossier est classé. Seulement quand on prétend traiter séparément , des problèmes d'humidité, d'absence d'aération, de bâti lourdement dégradé, d'installations électriques non conformes, c'est inefficace et les logements restent insalubres. 

Certains foyers restent ainsi classés en insalubrité "remédiable", pendant des années, et doivent recommencer les procédures sans arrêt. De toute façon, les moyens alloués au STH ne lui permettent pas d'assurer ses missions d'évaluation et de contrôle correctement et ses salariés sont débordés.

mercredi 12 octobre 2016

Chez les 3F, premier bailleur social privé français, seulement un quart de logements très sociaux.



Cet automne, au gouvernement comme les grands bailleurs sociaux, on n'y va pas de main morte sur le triomphalisme: l'année est un record pour la construction de logements, qui aurait connu une augmentation sans précédents du nombre de logements sociaux crées.

Les 3F notamment annoncent plus de 6350 nouveaux logements l'an dernier, soit une augmentation de 16% par rapport à l'année précédente. 

Seulement, dans le même temps, le nombre de demandeurs de logement social ne faiblit pas. Les délais moyens d'attente continuent à être extrêmement élevés, et même le label DALO, de plus en plus difficile à obtenir ne résout rien pour les dizaines de labellisés en attente. 

Alors que se passe-t-il ? C'est assez simple: aujourd'hui, les loyers des nouveaux logements sociaux sont majoritairement trop chers pour les catégories modestes de la population. Les 3F par exemple, ne construisent qu'un quart de PLA-I , les seuls loyers accessibles à 75% des demandeurs de logement francilien. 

Dans les communes carencées au titre de la loi SRU, les maires ont pris l'habitude de n'accepter que des logements du type PLS, les plus chers des HLM, correspondant aux revenus de seulement 15% des demandeurs. 
Aujourd'hui, de fait, la fameuse mixité sociale exclut les ouvriers, les employés modestes, les chômeurs, les précaires, comme les retraités issus de ces catégories socio-professionnelles. Petit à petit, la majorité des loyers vraiment sociaux est située dans le parc ancien, où le taux de rotation est très faible, car les personnes qui y sont logées n'ont certes pas les moyens d'aller ailleurs. 

En grande partie, les nouveaux logements mis sur le marché, bien qu'ils soient en augmentation , ne peuvent donc répondre à la demande. Et peu à peu, le logement social ferme ses portes aux catégories populaires.