jeudi 1 mars 2018

Les employeurs précarisent les salariés, Action Logement refuse de les reloger.


Alors qu’un épisode de grand froid met de nouveau en lumière la réalité insupportable des personnes à la rue, de nouveau les débats se concentrent sur le nombre de places d’hébergements ouvertes en urgence. Les photos des grands journaux en attestent, ces places sont, le plus souvent, des lits de camps dans des gymnases ou des dortoirs collectifs. Les places d’hébergement stables dans les foyers, comme les chambres d’hôtel du SAMU Social sont toutes saturées, occupées souvent depuis des années et des années par des personnes qui devraient avoir accès à un logement social.

Ce n’est pas le cas, notamment parce que pendant des années, certains acteurs de la politique du logement n’ont pas respecté leurs obligations légales. C’est le cas par exemple d’Action Logement, qui, depuis 2009 devait reloger une partie des mal-logés reconnus prioritaires DALO et n’a commencé à le faire que depuis 2016.

Pendant toutes ces années, le nombre de dossiers en attente a évidemment considérablement augmenté. Obtenir le label DALO est devenu un parcours du combattant : les critères de la loi étaient déjà restrictifs, les commissions de médiation les ont encore durcis , notamment en Ile de France. Les délais d’attente pour l’instruction du dossier ont considérablement augmenté. Mais même ceux qui arrivent au bout du parcours et sont reconnus prioritaires ne sont pas tous relogés.

Les dossiers des plus précaires , des personnes aux revenus les moins élevés, des retraités, des mères isolées sont mis de côté par les bailleurs sociaux, notamment ceux d’Action Logement.

De plus, Action Logement a défini des conditions extrêmement restrictives pour sélectionner les 25 % de dossiers DALO que l’organisme doit reloger : il faut en plus du label DALO, soit être salarié , soit être inscrit à Pôle Emploi. La majeure partie des chômeurs et précaires mal-logés ne sont pas pris en compte par Action Logement. La moitié des chômeurs ne sont pas indemnisés par Pôle Emploi, même s’ils ont travaillé il y a peu. Le temps partiel imposé, les contrats aidés , ne permettent pas de cotiser suffisamment pour obtenir une indemnisation chômage et beaucoup de mal-logés se retrouvent donc aux minima sociaux et inscrits dans d’autres organismes que le Pôle Emploi.



Or, pourquoi se retrouve-t-on à la rue ou dans les hébergements d’urgence ? Bien souvent parce qu’on a perdu son emploi , ou qu’il a été impossible d’en trouver un suffisamment stable et rémunéré pour se loger, au vu du niveau des loyers dans le privé.

Pourquoi y reste-t-on ? Parce que même les loyers des logements sociaux deviennent trop chers dans les zones tendues, et parce que les bailleurs sociaux, notamment ceux contrôlés par Action Logement rejettent les candidatures qu’ils estiment « trop fragiles ».

Les employeurs qui sont regroupés au sein d’Action Logement doivent prendre leurs responsabilités , et de manière bien plus importante et concrète qu’ils ne le font actuellement : ils doivent ouvrir leur parc de logement aux précaires, aux chômeurs , aux retraités modestes dont le mal-logement est du aussi à la situation du marché du travail, qui n’offre pas les emplois nécessaires pour se loger correctement.

Action Logement et ses bailleurs doivent cesser de trier les mal-logés .