vendredi 22 mars 2019

Fin de la trève hivernale: Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la pauvreté interpellé par les mal-logés

Le 12 mars , alors qu'Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la pauvreté, tenait une séance du "Grand Débat", nous avons manifesté jusqu'à ce qu'il sorte nous rencontrer. Auparavant nous avions refusé les propositions de participer " à quelques uns" , à un débat qui n'avait pas lieu d'être: les élus le sont pour appliquer le droit, il n'y a aucun débat à avoir sur le non-respect du droit au logement, juste des actes à prendre. 
 
Dans quelques jours ou quelques semaines, des milliers de personnes vont être expulsées de leur logement. La plupart d'entre elles ont droit à un logement social, ont fait une demande en bonne et dûe forme, l'ont renouvelée, ont monté un dossier DALO dès le début de la procédure d'expulsion.
Mais les procédures d'expulsion vont vite, le relogement n'arrive pas. Même la reconnaissance du DALO met souvent des mois à arriver, et elle arrive souvent trop tard pour bloquer la procédure, la Préfecture refusant de s'occuper des dossiers en attente.

Pourquoi ? Parce que la complexité administrative est liée à l'insuffisance de l'offre. Les derniers chiffres du logement social viennent de tomber, ils sont catastrophiques. La production Hlm en Île-de-France est en chute libre. 28 830 logements locatifs sociaux ont été autorisés en 2018. Un niveau bien inférieur aux chiffres des trois dernières années . Plus de 700 000 demandes sont désormais en attente.

La situation s'aggrave aussi sur le front de l'insalubrité, malgré toutes les déclarations de principe et les quelques offensives contre des marchands de sommeil . Il y a environ 157 000 logements insalubres ou indécents recensés en Ile de France, moins de 1000 procédures coercitives ont été lancées cette années, un chiffre en baisse, lui aussi.
Les victimes locataires sont laissées à elle même : les services sociaux sinistrés ne peuvent même plus proposer d'hébergement alternatif en cas de travaux ou d'opérations dangereuses pour la santé dans les logements. Dans le 19ème arrondissement, on renvoie les familles vers les urgences des hôpitaux et les Mac Do lors d'actions de désinsectisation. Dans le 20ème arrondissement, des propriétaires d'hôtels meublés menacent des personnes y vivant depuis des années d'une expulsion illégale sans que nul n'intervienne.

Le non-recours est le résultat du non-droit. Un non qui n'est jamais dit clairement aux mal-logés, mais exprimé au travers de la complexité des procédures, des mille obstacles administratifs à franchir, des critères d'urgence à prouver sans cesse, pour finalement s'entendre dire qu'on n'est malheureusement pas prioritaire. Le non-recours est le résultat d'un goulot d'étranglement administratif dans lequel, effectivement, on finit par renoncer à essayer de passer , parce qu'il n'y a pas de solution même quand on l'a affronté.

Le mal-logement n'est jamais seul, il charrie son cortège de problèmes de santé, de scolarité, de précarité . La vie des mal-logés consiste à trouver, en même temps, la solution à toutes les urgences immédiates, à se débattre dans les des labyrinthes administratifs surchargés qui bien souvent ne mènent nulle part.

Il n'y a pas de débat sur le non-recours. C'est à l'Etat de faire respecter le droit pour  tous.