mercredi 12 juin 2019

Paris: une politique du logement social en trompe l'oeil

Manifestation surprise devant Paris Habitat, premier bailleur social de la Ville de Paris, 12 juin 2019
7000 nouveaux logements sociaux par an. Le chiffre est en une de toutes les communications d'Anne Hidalgo et de Ian Brossat sur le sujet . Il permet de donner une image exemplaire et volontariste de l'équipe municipal et constituera un argument de poids pour les municipales. Avec un niveau de production pareil, un effort tellement immense, disent nos élus, comment pourrait nous nous imputer la moindre responsabilité dans la situation des Parisiens mal-logés.

Mais ce chiffre est un trompe l'oeil. A plusieurs niveaux.

D'abord, il n'inclut pas que de vrais logements mais plus de 30% d'"équivalents logements". Equivalent logement, cela signifie hébergement. Les places de foyer sont comptabilisées . Celles des résidences sociale à baux précaires également. Ces hébergements , dans leur immense majorité ne remplissent un besoin...que parce que l'accès à un logement social normal est impossible. Pourtant dans les statistiques de la Ville de Paris, ils sont considérés justement comme de vrais logements très sociaux. Comme si pour les Parisiens les plus modestes, un bail précaire, des conditions de vie semi-collectives avec des contraintes très fortes ( pas d'animaux familiers, pas de possibilité d'accueillir des amis, souvent des possibilités d'absence limitée) étaient finalement devenues un mode de logement bien assez bon pour eux.

En réalité, il y a donc moins de 5000 nouveaux logements "produits" chaque année. Mais le tiers de ces logements est en niveau de loyers PLS, soit plus de 13 euros le m2, sans compter certaines charges. Ces niveaux de loyers excluent l'ensemble des catégories populaires de la population parisienne. Celles-ci se partagent donc le reste.

Mais depuis plusieurs décennies, une grande partie de ces "nouveaux logements produits" chaque année...ne sont pas disponibles pour des demandeurs de logements en attente. Depuis 2001, les logements neufs construits ne représentent que 47% de la production, et les logements anciens achetés et réhabilités puis loués immédiatement 17%. Plus du tiers de la "production" des trois dernières mandatures est de l'acquisition conventionnement: des logements achetés occupés à des propriétaires privés, ou des logements appartenant déjà à la ville de Paris  qui avaient des loyers non
sociaux. Dans les deux cas, ces opérations ne constituent pas une nouvelle offre accessible aux demandeurs.

La politique du logement à Paris est donc bien plus modeste que ce que les chiffres mis en avant par nos élus laissent penser depuis des années. Bien souvent la montagne de la communication d'Anne Hidalgo et de Ian Brossat accouche d'une souris.

Un exemple ? En 2017, le premier bailleur social de la Ville de Paris a livré en tout et pour tout 525 nouveaux logements. Un chiffre en forte baisse par rapport aux années précédentes comme le montre le tableau ci-dessous issu de son rapport d'activité.


Or il y a 244 000 demandes en attente dans le fichier logement.
Dans ces demandes , 70% pour cent relèvent des plafonds PLA-I....qui ont constitué 26% seulement des nouveaux logements depuis 2001.

La politique du logement social ne répond donc pas aux besoins , ni en quantité, ni en qualité. C'est la raison pour laquelle les Parisiens des catégories populaires connaissent désormais toutes les formes de mal-logement , en ayant très peu de chances d'en sortir.